Afrique : Mamadou Sangofowa Coulibaly plaide pour une industrialisation pragmatique centrée sur l’énergie et le capital humain
Dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur mondiales et de pression démographique accrue sur les marchés du travail africains, la Côte d’Ivoire affine son positionnement économique. À Washington, en marge des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a porté une lecture structurée des leviers d’industrialisation du continent, lors d’un panel de haut niveau consacré à l’industrialisation et la création d’emplois en Afrique ce 17 avril.
Cette intervention s’inscrit dans la continuité d’une première session dédiée à l’exploitation minière artisanale, mais marque surtout un élargissement du discours ivoirien vers une problématique centrale : comment transformer la croissance en emplois durables dans des économies encore dominées par les secteurs primaires.
Un diagnostic partagé : l’industrialisation, clé de l’emploi mais freinée par des contraintes structurelles
Aux côtés de Mariama Ciré Sylla, la ministre guinéenne de l’Economie et des Finances, le ministre ivoirien a participé à un diagnostic largement partagé : dans un contexte de forte croissance démographique, l’industrialisation reste le principal levier de création d’emplois massifs et qualifiés en Afrique, mais sa mise en œuvre continue de buter sur des contraintes structurelles profondes.
Parmi celles-ci, l’accès à une énergie fiable et compétitive demeure le verrou central. À cela s’ajoutent des cadres réglementaires encore instables, peu lisibles pour les investisseurs, ainsi qu’un déficit d’intégration régionale qui limite l’émergence de véritables chaînes de valeur africaines.
Dès lors, les échanges ont insisté sur un impératif d’exécution : au-delà des stratégies, les États sont appelés à accélérer la mise en œuvre de politiques industrielles ciblées, à améliorer concrètement l’environnement des affaires et à structurer des écosystèmes productifs capables d’absorber une main-d’œuvre en forte croissance.
La réponse ivoirienne : une approche méthodique
Dans ce cadre, Mamadou Sangafowa Coulibaly a défendu une approche méthodique de l’industrialisation, fondée sur la construction progressive d’un environnement propice à l’investissement. « L’industrialisation requiert d’abord un écosystème global », a-t-il rappelé, soulignant que la compétition internationale se joue désormais sur la qualité des infrastructures et le coût des facteurs de production.
La stratégie ivoirienne repose ainsi sur un enchaînement de priorités : stabilisation politique et macroéconomique pour restaurer la confiance, investissements massifs dans les infrastructures économiques (routes, ports, énergie, …), puis réformes réglementaires destinées à renforcer la prévisibilité et l’attractivité du cadre d’affaires.
L’exemple du secteur électrique illustre cette logique. « Nous avons triplé notre capacité installée de production électrique en moins de 15 ans, et nous comptons à nouveau tripler la capacité actuelle dans les 15 années à venir », a souligné le ministre ivoirien.
Cependant, dans un contexte africain d’urgence face à la problématique de l’emploi, Mamadou Sangafowa Coulibaly s’est voulu plus pragmatique, invitant à explorer une alternative à impact relativement plus immédiat : l’industrie minière. En effet, au-delà des postes directs, souvent qualifiés, l’activité minière génère un tissu dense d’emplois indirects à travers les services connexes et les exigences de contenu local, sur l’ensemble de la durée de vie des projets. Un potentiel qui concerne aussi bien l’exploitation artisanale et à petite échelle que les opérations industrielles, et qui positionne le secteur extractif comme un relais stratégique dans la phase transitoire de l’industrialisation.
Miser sur le capital humain et l’intégration régionale
Si les infrastructures et l’énergie constituent des prérequis, Mamadou Sangafowa Coulibaly a également mis en avant un second pilier souvent sous-estimé : le capital humain. Dans un contexte de transformation technologique accélérée, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée devient un facteur différenciant dans l’attraction des investissements industriels.
Par ailleurs, la question de l’intégration régionale est un autre enjeu central. L’absence de chaînes de valeur intégrées limite en effet les économies d’échelle et réduit l’attractivité des marchés nationaux pris isolément. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est donc aussi de s’inscrire dans une dynamique régionale, en capitalisant sur sa position de hub économique en Afrique de l’Ouest.
Au total, l’intervention de Mamadou Sangafowa Coulibaly a mis en lumière une évolution dans les stratégies africaines : passer d’une approche déclarative de l’industrialisation à une logique d’exécution, centrée sur des leviers concrets, énergie, infrastructures, cadre réglementaire et capital humain.
Français